Focus 2
Interview
 
 

 

Algérie
Nouveaux entrepreneurs
cherchent banques

L’Algérie bouge, pas toujours avec clarté, mais les choses changent.  Une mission de Finances Méditerranée a permis en novembre dernier de rencontrer plusieurs acteurs majeurs de la finance en Algérie.

L’Algérie vit une double transition, la sortie d’une économie dirigée et la sortie de l’économie dite “grise” ou informelle. L’Algérie compte selon la BEI 400 000 entreprises officielles, plus 600 000 dans le secteur informel. Une explosion de la création d’activités accompagnée chez les jeunes par Agence pour l’emploi des jeunes, l’Ansej et par la CNAC, la Caisse nationale d’assurance-chômage.

Le secteur public bancaire est encore largement dominant : il assure 89 % des opérations. Deux banques publiques ont plus particulièrement développé des services aux entreprises et à l’artisanat : le Crédit populaire d’Algérie, CPA et la Banque agricole de développement rural, la BADR. Le CPA, qui gère un million de comptes bancaires, fait un gros effort de mise à niveau, il forme 350 de ses salariés au risque crédit, monte une équipe spécialisée en ingénierie financière et commence à segmenter sa clientèle. La BADR qui compte 300 agences et 7 000 salariés est traditionnellement implantée dans le secteur agricole, mais elle s’ouvre à l’aquaculture, aux activités d’import-export dans l’agroalimentaire et surtout vers les entreprises en création. Plus de 50 000 auront bénéficié en 2003 via la BADR du dispositif d’appui national.

Côté capital-risque, Sofinance, Société financière d’investissements, de participation et de placement créé en 2001 réunit des capitaux publics pour intervenir vers les PME en capital-risque et capital développement. Son directeur, Mohamed Rachid Larbi déplore les parcours administratifs trop longs, la faiblesse de l’appareil judiciaire (pour le recouvrement des créances par exemple) et l’économie informelle. Les soutiens européens à la mise à niveau suscitent beaucoup de scepticisme. “L’Union européenne choisit des experts à Bruxelles, sans compétence de terrain, ils viennent en touristes, ils remettent un rapport, et puis s’en vont”. Sofinance développe les métiers de banque d’affaires, conseil, leasing, en direction des PME/PMI. Elle assiste et conseille les entreprises publiques dans les opérations d’ouverture du capital.

La Caisse nationale d’assurance-chômage se situe dans cette perspective de la privatisation des PME publiques. En charge de la protection sociale des salariés du secteur public et donc de leur indemnisation en cas de licenciement, elle développe une politique pro-active de consolidation des entreprises. La CNAC a ainsi la capacité à transformer des créances sociales en parts du capital. Mahrez Aït Belkacem, son directeur général veut en outre profiter de son réseau existant d’appui au travail indépendant de 25 centres dans tout le pays pour encourager la création d’entreprises avec un fond et une véritable banque qui distribuerait des crédits bonifiés et garantirait les investissements. “Une disposition de la loi de finances pour 2004, un décret présidentiel et trois décrets exécutifs, souligne Mahrez Aït Belkacem, nous permettent, dès cette année, de mettre en place un nouveau dispositif d’appui à la création d’entreprises pour les chômeurs âgés entre 35 et 50 ans, qu’ils soient allocataires ou non de la CNAC”.

Le marché des services bancaires s‘ouvre.
Trop lentement, aux yeux des entrepreneurs, mais réellement

Les banques à capitaux étrangers se sont installées à Alger dès l’ouverture du marché bancaire algérien. Al Ryan Bank est un établissement à capitaux qataris. Elle est tournée vers les PME et les PMI et les professions libérales et veut ouvrir 20 agences en cinq ans dans tout le pays. Elle compte 120 salariés pour 1800 comptes clients.
Natexis, dirigée par Hocine Mouffok fut la première banque étrangère de plein exercice, elle compte une cinquantaine de personnes et fonctionne comme une banque autonome avec son propre back office. Orientée exclusivement vers les entreprises, Natexis Algérie intervient en financement des importations et exportations, conseil en export et import, organisation et gestion de l’entreprise. “Pour être client, souligne son directeur, il faut faire un effort de production de documents d’informations. En trois ans, nous avons progressé. Produire de l’information, c’est nous aider à prendre les décisions et lorsque nous accordons un crédit, nous accompagnons l’entreprise en conseil au management”.

L’Ecole supérieure de banque, créée en 1995, anticipe ces mutations du secteur bancaire. Implantée sur les hauteurs d’Alger, dans un campus de 17 hectares, elle forme toutes les catégories du personnel bancaire. Rachid Agsous, son directeur général travaille dans le cadre de programmes européens pour rapprocher le système bancaire algérien des normes internationales. Et avec la Banque mondiale pour former au crédit hypothécaire. “Nous devons repenser notre regard sur la PME" dit-il.
Le marché des services bancaires s‘ouvre donc. Trop lentement, aux yeux des entrepreneurs (voir page 3), mais réellement. En quatre ans, l’Algérie a connu une véritable révolution économique. Comme toutes les transitions vers l’économie de marché, elle est délicate et parfois cahotique. Les femmes et les hommes de la finance y jouent un rôle majeur, pour passer de l’informel au formel, pour favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs en Algérie.

Christian Apothéloz

Paroles de managers

Le Care, le Club d’action et de réflexion autour de l’entreprise réunit des chefs d’entreprises algériennes de différents secteurs comme l’agroalimentaire, la promotion immobilière, l’informatique, les services autour d’un avocat d’affaires, Samir Hamouda. Ils ont créé et développé leurs sociétés ces dernières années. La question des banques et des services bancaires les préoccupe. Les entrepreneurs du Club Care déplorent une “logique de guichet” tournée vers la collecte de l’épargne et non vers l’investissement économique. “Les jeunes entreprises n’ont pas accès au crédit” déplore un chef d’entreprise. Il n’existe que trois sociétés de leasing et aucune n’est spécialisée en factoring. Les banques dans leur majorité ne se sont pas mises au diapason de l’entreprise privée : retard de plusieurs années sur les calculs d’agios, lenteur des dossiers de crédit, relevés bancaires envoyés une fois par an, etc. “Il y a du confort dans l’anarchie” lâche, désabusé un membre du club Care. L’arbitraire de la Banque nationale d’Algérie pour les transactions internationales n’échappe pas à la critique. Et pourtant, comment font-ils pour développer leurs affaires ? “On s’adapte” répondent-ils dans un éclat de rire. Et, cahin-caha, avec des pertes d’énergie redoutables, ça marche…

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22 banques…
En 2003, l’Algérie compte 22 banques. Outre, les 7 banques publiques, il y a 7 banques privées algériennes et 10 banques privées étrangères, dont trois banques françaises : Natexis, Société générale et BNP-Paris. Certains organismes étrangers ont opté pour des bureaux de liaisons tels que Citibank (USA), Crédit Lyonnais et Fortis (France).