Besoins nouveaux, formations actuelles, état des lieux
11h15 : Le Liban

Fadwa MANSOUR, Directeur du département formation à l’Association
des banques du Liban, Directeur du Centre d’études bancaires
ABL-USJ. (Intervention)

Georges AOUN, Doyen de la Faculté de gestion, Université
Saint-Joseph, Beyrouth (
(Présentation multimédia)

Charbel CORDAHI, Chercheur au Centre de recherches et d’études
doctorales (CRED), de l’Ecole supérieure des affaires de Beyrouth
Notre
monde se caractérise par sa perpétuelle mutation et la banque
au Liban n'en fait pas exception. Une fois qu'on rétablit un besoin,
un nouveau émerge à la surface. Et c'est pour cela que les utilisateurs
de la formation (les banques) et les organismes de la formation (les prestataires)
ont beaucoup à faire dans l'identification des besoins et leur satisfaction.
Je représente ici d'une part l'Association des banques du Liban (ABL),
autrement dit les utilisateurs de la formation, et de l'autre deux fournisseurs
de la formation : le département de la formation à l'ABL et
le Centre d'études bancaires (CEB) qui est un partenariat entre l'ABL
et l'Université St Joseph USJ depuis 1967.
Je ne vais pas rentrer dans les détails, vous trouverez sur notre site
électronique toutes les informations sur le secteur bancaire libanais
et formation professionnelle bancaire. Nous vous invitons à le visiter…(www.abl.org.lb)
Je vais donc vous présenter en premier lieu les principales caractéristiques
du secteur bancaire libanais, ses préoccupations en matière
de formation telles que nous les voyons au sein de l'ABL et comment les banques
répondent jusqu'à présent à leurs besoins de formation.
Et en deuxième lieu, les actions du CEB et du département de
la formation à l'ABL et leurs besoins.
Le secteur bancaire libanais
Les
banques au Liban jouent principalement un rôle traditionnel d'intermédiaire
financier dans un marché financier ouvert et libéral qui incite
à la compétition. Avec 53 banques commerciales actives et 10
banques spécialisées dans le crédit à moyen et
long terme, le secteur bancaire libanais comprend, en début 2004, près
de 15 000 employés dans 804 branches dispersées dans tout le
pays et gère l'équivalent de 61 milliards de dollars. La part
des universitaires parmi les employés de banque est de 49% (fin 2002).
La représentation étrangère est importante et considérable
sous forme de banques étrangères ayant des branches au Liban
(10 banques, ex : BNPI, HSBC, Arab Bank) ou des participations dans le capital
de plusieurs banques locales (ex : Société générale,
Crédit agricole.). En plus, 16 banques étrangères ont
un bureau de représentation au Liban.
Nos banques commerciales sont des banques universelles qui traitent des opérations
avec les particuliers et les entreprises, elles sont fortement reliées
aux places financières internationales. Le secteur bancaire libanais
possède en une certaine manière la culture bancaire qui a aidé
à son développement, sa prospérité et sa notoriété.
Le secret bancaire prédomine sur notre système bancaire et nous
observons parfaitement la loi contre le blanchiment d'argent. L'application
des pratiques prudentielles apparaît positivement à travers le
réseau de services et d'activités bancaires.
Les préoccupations des banques libanaises sont centrées sur
l'impact de la mondialisation, sur la pratique bancaire et l'application des
normes internationales à tous les niveaux. Elles se soucient de l'application
de Bâle II au niveau des fonds propres requis et des besoins de financement
du capital. Tout ceci exige le développement des compétences
des ressources humaines dans les banques libanaises. Nos ressources humaines
ont besoin d'acquérir les nouvelles techniques bancaires et financières
et surtout dans le domaine de l'appréciation des risques.
Par ailleurs, nos banques ont besoin, tout comme les banques du monde entier,
de mieux gérer la relation humaine avec leurs clients externes et internes
(personnel) avec ce qu'elle comporte comme dimension commerciale et managériale
et de veiller à la déontologie bancaire et la protection du
secteur des malfaiteurs.
Comment les banques s'y prennent pour répondre aux besoins de la formation ?
La
compétition est très grande sur le marché de la formation.
Tout le monde veut avoir une place. Leur but est souvent commercial, pensant
aux profits qu'ils peuvent récupérer. Les banques recourent
souvent à la formation interne, pensant faire des économies
à ce niveau et certaines d'entre elles ont été très
loin et ont abordé d'autres banques pour organiser des séminaires
interbancaires. L'approche court-terme prévaut au niveau de la formation
dans les banques.
À notre avis, les instituts de formation ne sont pas seulement des
fournisseurs de formation. Ils doivent accompagner les banques dans la formation
de leur capital humain et conseiller en une certaine manière les banques
à ce niveau. La formation bancaire au Liban est très éparpillée.
Il faudrait à notre avis concentrer les efforts parmi les institutions
à but non lucratif en vue de garantir la qualité et de respecter
un rapport qualité/prix acceptable.
Que fait l'Association des banques du Liban au niveau de la formation
?
L'ABL
s'est associée avec l'USJ sous forme de partenariat en 1967 pour fonder
le CEB. Le Centre d’études bancaires (CEB) dispense actuellement
trois sortes de formation professionnelle diplômante : formation initiale,
formation intermédiaire et des certificats spécialisés.
En 1991, l'ABL a créé le département de la formation
pour la formation permanente (séminaires de courte durée). En
vue de mieux connaître l'évolution de la formation en Europe,
L'ABL a adhéré en 1998 à l'EBTN en tant que membre correspondant
et a participé depuis cette date à tous les colloques organisés
sous son égide. L'ABL a collaboré avec le CFPB, entre 1996 et
2000, dans le cadre de la coopération technique entre la France et
le Liban, à la mise au point de nouveaux programmes de formation diplômante,
prenant pour modèle les diplômes du CFPB et les adaptant à
nos besoins locaux. En 2000, nous avons élaboré en collaboration
avec le CFPB un référentiel des emplois et compétences
global pour le secteur bancaire et en 2004, sous la supervision de Maestro
(firme de consultation française) une évaluation intégrée
des emplois basée sur les résultats de ce référentiel.
De même, nous avons collaboré avec le Centre du commerce international
des Nations unies pour la publication d'un guide pour les petites et moyennes
entreprises “Comment approcher les Banques”.
Près de 1 500 employés suivent en moyenne les sessions de formation
dispensées par l'ABL (cycle de formation de courte durée) et
90 autres sont diplômés du CEB dans les différents cycles
de formation.
Quels sont nos besoins en tant qu'institution de formation ?
En
fait, nous ne manquons pas de bonne volonté et encore moins de compétences
au niveau de nos formateurs, mais nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir
des animateurs plein-temps. Il nous manque les outils et supports pédagogiques
modernes conçus en vue d'accompagner les évolutions du métier
bancaire.
Pour le bon déroulement de nos formations, nous avons besoin d'un “pool”
de cas pratiques, tout comme d'échanges d'animateurs et de conférenciers
avec des organisations de formation de renommée internationale. Nous
pouvons penser à profiter des conférences et séminaires
animés dans les pays du Nord et faire les installations nécessaires
chez nous pour suivre à moindre coût de telles activités.
Dans une étude d'évaluation des activités du CEB récemment
entreprise auprès de 13 banques au Liban, nous avons repéré
plusieurs besoins au niveau de notre organisation. Pour garantir la qualité
de notre formation, nous avons besoin d'accréditer nos actions par
des organisations de formation internationale. Nous avons de même repéré
un besoin qui mérite à notre avis une réflexion particulière
au niveau de la formation bancaire et qui consiste en l'installation d'une
banque virtuelle où les formations se font par des simulations pour
les différents métiers de la banque.
Nous avons participé à ce colloque espérant tirer profit
des échanges qui s'y déroulent, sans savoir plus sur l'encadrement
d'une coopération euroméditerranéenne au niveau de la
formation bancaire. Qui prendra la charge de cette coopération ? Quels
sont ses buts essentiels ? Et quelles sont les modalités de financement
de cette coopération ?
Georges AOUN
L’Université
Saint Joseph est partenaire du CEB. Au sein de l’université,
nous proposons trois formations qui s’adressent aux métiers de
la banque : deux formations sont initiales et la troisième est une
formation continue diplômante.
Le secteur bancaire est intéressant pour nos diplômés
car il recrute 20% des diplômés en gestion. Comme Mme Mansour
l’a signalé, les universitaires sont de plus en plus nombreux
dans le secteur de la banque. Dans quelques années, 80% du personnel
des banques sera détenteur d’une licence ou d’un diplôme
supérieur. Nous menons des études comparatives pour mieux répondre
aux besoins du secteur.
Nous avons notamment constaté que le client souhaitait être informé
en permanence, avoir un service rapide et personnalisé, être
accompagné dans sa mobilité, bénéficier d’une
certaine transparence dans la relation à la banque, d’une rentabilité
supérieure, d’une réduction des risques et d’une
grande flexibilité des produits.
La globalisation des marchés, le décloisonnement des services
financiers, la diffusion de l’information et la lutte contre le blanchiment
de l’argent nous conduisent à revoir les cursus. Aujourd’hui,
nous mettons davantage l’accent sur la formation aux technologies de
l’information et de la communication, l’exploitation des bases
de données, l’étude des produits et services, les capacités
en communication personnelle, la culture du service, l’éthique
et la déontologie, le contrôle interne et l’audit. Sans
intention provocatrice, je dirai qu’il y a de plus en plus de ressemblances
entre la banque et le supermarché. C’est pourquoi nous avons
également introduit dans nos formations des techniques de merchandising,
de vente directe. Actuellement, nous axons notre réflexion sur les
bouleversements organisationnels au niveau de la hiérarchie, de l’organisation
en réseau et de la moindre séparation entre le back office et
le front office. Dans la mesure où tous les salariés sont aujourd’hui
susceptibles d’entrer en contact avec les clients, la formation doit-elle
anticiper les évolutions ou bien doit-elle adopter une attitude plus
suiviste et passive ?
Depuis
sa création en 1996, l’ESA (École supérieure des
affaires de Beyrouth) s’est donné pour objectif de répondre
aux besoins des entreprises des secteurs bancaires et financiers. L’Institut
monétaire et financier de l’ESA organise des conférences
et des colloques, propose des formations spécialisées pour les
professionnels et les particuliers dans le cadre de son centre de formation,
dispense un master de spécialisation en finance (www.esa.edu.lb).
Deux conférences se sont récemment déroulées à
l’ESA. La première, intitulée “La finance est-elle
dangereuse ?”, s’est déroulée en octobre 2003 et
était animée par M. Betbèze, chef économiste du
groupe Crédit lyonnais. La seconde, intitulée “Le rôle
de l’euro” s’est tenue au mois de mai 2003 et était
animée par M. Goux, Professeur d’économie à l’Université
de Lyon 2.
L’ESA propose des séminaires de formation continue “surmesure”
afin de permettre aux professionnels d’approfondir leurs compétences
et de s’adapter aux évolutions du marché.
Les formations interentreprises se déroulent sous forme de séminaires
de deux ou trois jours qui permettent de maîtriser des techniques très
pointues ou plus générales : finances pour managers, budgets
et tableaux de bords, diagnostic financier et évaluation, coûts
et décisions, comprendre la comptabilité, finance pour non financiers.
Les formations intraentreprise sont des programmes spécifiques élaborés
suite à des audits dans le domaine de la finance et des marchés.
L’ESA intervient depuis sa création auprès des plus grandes
banques libanaises pour mener des sessions de remise à niveau, des
actions de team building, de leadership et de fixation des objectifs stratégiques.
L’ESA a développé une véritable philosophie de
la “formation action” qui tend à mettre en œuvre de
véritables actions de conseil et de coaching au sein des équipes
de direction. En outre, l’ESA dispose d’un outil pédagogique
unique au Moyen-Orient avec la Salle des marchés de l’IMEF. Créée
avec l’appui de l’ABL et en collaboration étroite avec
l’agence Reuters, la Salle des marchés est opérationnelle
et permet d’initier stagiaires et étudiants aux outils et techniques
de la finance des marchés.
Le master de spécialisation en finances est une formation spécialisée
destinée aux professionnels. Il regroupe des étudiants exerçant
déjà une activité dans le secteur bancaire ou financier.
La formation est axée sur les deux pôles de la finance que sont
la finance d’entreprise et la finance de marché. Le programme
apporte les compétences nécessaires à l’appréhension
de la complexité du monde financier d’aujourd’hui. L’organisation
du programme en temps partiel permet aux participants de maintenir leurs activités
professionnelles en se formant aux techniques financières les plus
actuelles.
Ces formations sont assurées par des professeurs de l’ESA issus
des meilleures écoles de management (HEC, ESCP-EAP, HEC Lausanne, Université
Luigi Bocconi de Milan, Université de Québec). Ces professionnels
allient à leur excellente connaissance du contexte économique
et social du Liban leur expertise du management, des besoins et des attentes
des entreprises en Europe aussi bien qu’au Liban.