Besoins nouveaux, formations actuelles, état des lieux

11h50 : La France


Dominique MILLOUR
, Directeur général du Crédit Agricole Provence-Alpes-Corse


Christian ANGELI
, Directeur de l’international au Centre de formation de la profession bancaire (CFPB)

Dominique MILLOUR

J’interviendrai en tant que représentant de la profession bancaire de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Le Crédit agricole emploie 2 000 personnes, dispose de 2 000 guichets, de près de 4 000 automates et gère 200 milliards de capitaux.
Je vous traduirai les besoins de formation du banquier français à partir de mon expérience de banquier français à la tête d’une entreprise de 2 000 personnes, 260 points de vente, dix-sept milliards de capitaux gérés, six milliards de crédits distribués dont 40% aux particuliers, 40% aux entreprises et professionnels et 20% aux collectivités publiques. Je vous proposerai donc une vision de praticien plutôt pragmatique.
Nous sommes engagés dans un programme d’investissements très lourds en vue de la modernisation de nos agences. Nous disposons d’une banque en ligne et d’une offre Internet complète pour les entreprises comme pour les particuliers
(www.credit-agricole.fr).
Les enjeux de la formation bancaire sont dépendants de l’expansion de l’univers financier. Nous sommes aujourd’hui plongés dans un processus de financiarisation de l’économie. Machiavel disait que la monnaie est le plus beau des matériaux car c’est le seul qui “se transmute en un quelconque autre”. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas car la monnaie n’est plus un matériau mais une dérivée première du temps. Nous finançons aujourd’hui l’économie de manière de plus en plus efficace, avec des contraintes concurrentielles qui sont apparemment insurmontables et que pourtant nous surmontons.
Imaginons que nous soyons en France en 1990 : le taux obligataire à dix ans est environ de 10% et les marges financières que nous prenons sur les crédits sont situées entre 150 et 200 points de base. En 2004, nous ne sommes plus en France, nous sommes en Europe, le taux obligataire oscille autour de 4% et la marge sur les bons de crédit est environ de 50 points de base.
En 1990, le coût du crédit était annuellement situé autour de 75 à 100 points de base. Aujourd’hui, il doit être situé autour de 30 points de base pour que nous tirions notre épingle du jeu.
En 1990, le produit net bancaire était composé à 60 ou 70% par de la marge d’intermédiation. Aujourd’hui, dans mon établissement, celle-ci se situe à moins de 40%.
Nous ne sommes plus des banquiers mais des pourvoyeurs de solutions à des clients qui sont de plus en plus compétents. Pour faire face à ces défis, nous utilisons la technologie. Paradoxalement, nous utilisons la technologie pour nous rapprocher des clients.
Aujourd’hui, dans des salles informatiques de la taille d’un cagibi, vous pouvez disposer de 100 teraoctets (mille milliards d’octets) dans des armoires grandes comme un frigidaire de 300 litres. Voilà ce qui nous permet de gérer des systèmes d’analyse de la relation client, de faire fonctionner le customer relationship management (CRM) au profit de nos collaborateurs, de mettre à leur disposition des simulateurs qui leur donnent de la compétence et les informations nécessaires.
En ce sens, la compétence est au cœur du métier des banquiers. Il n’y a plus de bonne ou de mauvaise banque, il n’y a plus que de bons ou de mauvais banquiers. Le fait d’avoir donné aux clients la capacité de réaliser les opérations courantes de caisse nous donne des devoirs nouveaux en termes de management. Nous devons transformer nos guichetiers en banquiers du XIXe siècle, lesquels rencontraient personnellement les clients afin de leur proposer les meilleures solutions. Aujourd’hui, la qualité du banquier à l’ancienne est proposée au plus grand nombre et à des coûts radicalement différents.
Dans une optique de modernisation, la formation consiste tout d’abord à avoir le courage de supprimer des emplois qui condamnent les collaborateurs et les entreprises à l’impasse. Il en résulte une évolution de la cartographie des métiers : disparition des guichetiers, développement des conseillers. Les besoins actuels de formation sont liés à la maîtrise des outils technologiques et de simulation et à la compréhension réelle de leur contenu. Avant toute maîtrise technique, la maîtrise de la relation interpersonnelle et l’empathie avec le client sont devenues incontournables. Par ailleurs, les banques modernes devront davantage s’engager dans la durée et prendre des risques à très long terme.
Par conséquent, une proportion croissante de nos collaborateurs doit suivre les formations du CFPB, de l’ITB ou encore de l’Université afin que nous puissions offrir au plus grand nombre et au meilleur prix l’ensemble des services que le banquier du XIXe siècle réservait à quelques privilégiés.

 


Christian ANGELI

Dans la mesure où de nombreuses interventions se sont attachées à décrire les nouveaux métiers, je concentrerai mon propos sur la coopération euroméditerranéenne, dont on peut se demander si c’est un rêve ou une réalité.
Il semble que, pour le CFPB, l’Euroméditerranée est une réalité depuis déjà plusieurs décennies. En effet, sur un chiffre d’affaires de l’ordre de 40 millions d’euros, 20% sont consacrés à la coopération internationale, essentiellement en direction du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne, jusqu’à Madagascar. Nous sommes présents dans vingt pays africains, en Tunisie, au Maroc et bientôt en Algérie.
Nous dispensons dans ces pays de nombreux diplômes et brevets bancaires. De nouveaux produits comme le BTS Banque et la Licence professionnelle de banque seront mis sur le marché de la formation dans quelque temps. Nous pourrions également participer au diplôme supérieur intermaghrébin, sur lequel travaillent actuellement le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie.
Si nous sommes conscients de ce que nous apportons à tous ces pays en termes de formation et d’ouverture, nous apprenons également beaucoup à leur contact. Par exemple, nos 500 étudiants tunisiens forment une véritable communauté. Ils ont créé de nombreuses associations qui entretiennent des échanges extraordinaires.
En matière de partenariat, tous les formateurs se retrouvent dans le cadre de l’IBTN (International Business Team Network). Les partenaires du Nord s’efforcent ainsi de mettre en commun leurs meilleures pratiques afin de les transférer peu à peu aux pays dans lesquels nous intervenons.
Nous avons l’appui de tous les directeurs internationaux des grandes banques pour mettre en œuvre des changements susceptibles de profiter à tous. En effet, dans un monde sous influence anglo-saxonne, la France a l’occasion de jouer sa carte au Maghreb et en Afrique.
Puisque vous nous avez sollicités pour formuler des suggestions, je propose la création d’un club des responsables de formation dans le cadre de l’association Finances Méditerranée.
Pour conclure, je signale que les gouverneurs de banques centrales que nous rencontrons notamment dans le cadre des réunions du FMI sont très intéressés par nos activités. Ils nous expliquent l’évolution de leurs pays respectifs afin que nous puissions ajuster les formations aux besoins immédiats et futurs.

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