Besoins nouveaux, formations actuelles, état des lieux
12h15 : Conclusions
Au cœur du processus de Barcelone
La
place des banques dans la mise à niveau des économies de la
rive sud et la formation de leurs personnels

Henry MARTY-GAUQUIE
Directeur
de la représentation de la Banque européenne d’investissement
à Paris
(Présentation
multimédia)
Je remercie le Président Pérez d’avoir associé la BEI aux travaux de ce colloque. Les interventions de ce matin ont montré à quel point la formation est au cœur de nos préoccupations comme elle l’était à l’occasion du Processus de Barcelone.
Le rôle de la BEI dans le développement des pays méditerranéens
La
BEI, institution financière de l’Union européenne, a été
chargée par le Conseil européen de Barcelone du mois de mars
2002 et par le Conseil européen de Bruxelles de décembre 2003
de revitaliser le volet financier du Processus de Barcelone. Le volet financier
comprend l’aide remboursable : prêts et capital-risque. La Commission
européenne, de son côté, gère l’aide non
remboursable versée notamment dans le cadre du projet MEDA.
Les grands objectifs financiers du Processus de Barcelone visent à
accroître la compétitivité des pays partenaires afin que
tous puissent affronter la mondialisation de l’économie. Il s’agit
par conséquent de renforcer l’intégration économique,
de libéraliser les structures économiques, de procéder
à des réformes sociétales, de moderniser les appareils
de production. Le secteur bancaire joue un rôle essentiel dans cette
démarche : il est un moteur, un levier sociétal.
La BEI a dessiné des priorités quantitatives : deux milliards
d’euros par an seront investis dans la zone Maghreb et Machrek jusqu’à
la fin 2010. La moitié de ces sommes seront investies dans le secteur
privé : développement du secteur bancaire, des PME et de l’investissement
direct étranger. Le secteur privé est le levier le plus fort
des réformes sociétales pour concourir aux réformes de
modernisation économiques et sociétales.
À côté du secteur privé, les investissements se
concentreront sur les infrastructures de développement socio-économiques
: éducation, santé et les communications qui permettent au secteur
privé de se développer. Par ailleurs, nous favoriserons les
investissements à dimension régionale afin que les pays coopèrent.
Nous interviendrons afin de soutenir la reconstruction après les catastrophes
naturelles qui affectent considérablement le tissu économique
des pays touchés. Enfin, nous travaillerons au développement
du sens de l’appropriation : les pays bénéficiaires du
partenariat de Barcelone doivent se mobiliser et s’investir activement
afin que l’aide européenne joue un rôle de levier dans
le développement.
La BEI s’efforce d’apporter aux pays méditerranéens
des produits qui ne sont pas ou très peu disponibles dans leur zone.
Nous proposons ainsi des financements à long et à très
long terme : entre dix et vingt-cinq ans. Nous apportons également
des ressources en matière de capital-risque à travers toute
une palette de produits : financement en fonds propres, financement en quasi-fonds
propres, crédits bail, microfinance, micro-entreprise. Nous offrons
des bonifications d’intérêt dans le cadre de projets environnementaux.
Concernant les dotations en fonds propres, quasi-fonds propres et financements
à moyen et long terme, nous favorisons les projets qui réunissent
plusieurs pays autour de la création d’entreprise.
L’assistance technique
Afin d’accompagner la mise œuvre de cette palette de produits,
nous proposons une assistance technique dont l’enveloppe est de 106
millions d’euros, dont une vingtaine de millions sont consacrés
au secteur bancaire.
La réalisation de nos objectifs implique de réunir les forces
disponibles par le biais d’accords de coopération dans la zone.
Nous avons ainsi passé des accords de coopération avec 54 banques
présentes dans le réseau. Par ailleurs, nous tentons d’importer
le secteur bancaire européen dans ces pays et de recueillir son soutien
sur différents projets d’accompagnement. À cet égard,
nous avons créé, avec la Caisse des Dépôts et Consignations
et la Caisse Nationale des Caisses d’Épargne, un fonds régional
de capital-risque appelé Averroès, signé à Marseille
en avril 2003. Dans le même ordre d’idées, nous cofinançons
un terminal gazier de British Petroleum et d’EDF près d’Alexandrie,
projet qui réunit seize banques européennes et trois banques
égyptiennes.
Nous travaillons à optimiser notre coopération avec les autres
bailleurs de fonds internationaux. Nous avons signé le 3 mai 2004 un
accord de partenariat stratégique avec la Commission européenne
et la Banque mondiale. Cet accord doit favoriser l’échange de
nos stratégies respectives et la coopération dans nos démarches
de cofinancements afin d’accélérer la modernisation du
secteur bancaire.
Afin de développer le sens de l’appropriation des pays partenaires,
nous avons créé deux instruments. Il s’agit d’un
Comité des experts, qui se réunit au niveau des trésors
nationaux d’une part et d’un Comité ministériel
dont la prochaine réunion se tiendra en juin prochain à Alexandrie
d’autre part. Le Comité ministériel nous permettra de
faire le point, d’orienter les priorités et les volumes de financements,
de sensibiliser les différents acteurs aux aspects techniques de la
modernisation de leur système bancaire.
Les nouvelles propositions de la BEI en faveur du développement des pays méditerranéens
Le Conseil européen de Bruxelles des 12 et 13 décembre 2003 nous a demandé de renforcer les actions susceptibles de créer des effets de levier dans les pays partenaires. Afin de répondre à cette demande, nous proposons trois nouvelles solutions.
Le soutien de la BEI à la modernisation du secteur bancaire
À
côté d’autres donneurs de fonds (MEDA, Banque mondiale),
nous cherchons à participer à la modernisation du secteur bancaire,
condition sine qua non du développement du secteur privé. À
cet égard, j’ai retenu les propos de M. Kouchi, qui a évoqué
la nécessité de passer de la banque administrée à
une véritable culture de banquier. Le secteur bancaire est un moteur
du développement économique, dans la mesure où il finance
des PME créatrices d’emplois. Par ailleurs, le Processus de Barcelone
a pour objectif à plus long terme la libéralisation de l’économie.
Il s’agit de légaliser l’économie informelle, de
rendre plus fluides et plus transparents les échanges et les flux financiers.
En ce sens, les banques ont à jouer un rôle économique
et social de premier ordre. Elles peuvent à la fois dispenser un savoir-faire
important aux autres domaines de l’économie et faire levier auprès
des autorités supérieures en matière de bonne gouvernance.
Afin de faire progresser la modernisation, nous intervenons en amont auprès
des gouvernements et des trésors nationaux en faveur de l’ouverture
et de la privatisation du secteur bancaire. J’ai été très
intéressé par l’intervention de M. Kouchi, dont les propos
correspondent à la volonté du Président Bouteflika d’ouvrir
le secteur bancaire public en Algérie. À un deuxième
échelon, nous tentons de convaincre et de conseiller les décideurs
sur l’amélioration du cadre réglementaire et fiscal du
secteur bancaire. Dans ce dessein, un transfert considérable de savoir-faire
doit intervenir par rapport aux actions déjà menées par
le programme MEDA.
En aval, nous devons contribuer au renforcement du savoir-faire du personnel
bancaire, notamment dans le domaine de l’appréciation des risques
de crédits, de la constitution d’un portefeuille équilibré
d’engagements de prêts vis-à-vis des PME. Les banques doivent
également proposer des palettes plus étendues de services aux
entreprises : trésorerie, crédits exports, crédits à
l’équipement. Il s’agit là d’assurer des formations
par des prestataires extérieurs du Nord et du Sud. Le fonds d’assistance
technique de la BEI, doté de 105 millions d’euros, consacre un
quart de ses ressources à la formation bancaire. Nous avons souhaité
simplifier autant que possible ces ressources budgétaires de l’Union
européenne en passant des accords-cadres avec la Commission européenne
pour les pays du Maghreb, du Machrek et pour la Turquie.
L’Union européenne a réellement la volonté d’épauler
la modernisation bancaire des pays de la Méditerranée. Il ressort
très clairement de notre table ronde que l’intelligence est disponible
aussi bien au Nord qu’au Sud. Par ailleurs, les méthodes sont
déjà connues dans les pays du Sud comme certaines interventions,
assez techniques, ont pu le démontrer. En outre, il semble que les
moyens financiers sont loin d’être négligeables au niveau
européen, mondial ou bilatéral. Toutes ces dimensions –
intelligence, méthodes et moyens financiers – doivent être
catalysées afin d’accélérer les changements sociétaux
qui s’imposent. À mon sens, l’initiative qui nous rassemble
aujourd’hui peut constituer un levier essentiel pour avancer dans la
direction que nous appelons tous de nos vœux. Nous sommes ici, avec M.
Kerpen, pour vous délivrer un message mais également pour recueillir
vos idées et propositions.