14h30 : Ateliers B d’échanges et de propositions

La formation à l’approche entreprise, le financement des PME et la nouvelle culture du risque (Bâle II)

Philippe BAILLY, Directeur des risques, Société Marseillaise de Crédit. (Présentation multimédia)
Jacques BONORA, Directeur des marchés entreprises, Banque Populaire Lorraine-Champagne.
(Présentation multimédia)
André HUE, Division analyse des entreprises, groupe Agence Française de Développement.
Samir HAMOUDA, avocat d’affaires à Alger.

L’atelier était présidé par Mohammed ALAOUI KACIMI, Directeur général adjoint de la BMCE.

A droite Mohammed Alaoui Kacimi directeur général adjoint de la BMCE Bank, Banque marocaine du commerce extérieur, à gauche Abbas El Halabi membre du Conseil d’administration de la BBAC, Bank of Beirut and the arab countries et conseiller du président directeur général, Liban.



Animée par Abbas EL HALABI
(Intervention), membre du Conseil d’Administration de la BBAC (Présentation BBAC).


Le référent Finances Méditerranée était Jean-Claude HALB, vice-président.

 


Mohamed ALAOUI KACIMI
Concernant la formation à l’approche entreprise, nous pouvons distinguer trois thèmes principaux : la culture d’entreprise, la culture du risque et les actions que les banques doivent mettre en place avant la fin de l’année 2006 pour se mettre à niveau. Il me semble que, dans ce contexte, toute la culture d’entreprise traditionnelle est en cause.
Le financement des PME dans la zone euroméditerranéenne est une action spécifique à laquelle nous devons porter une attention particulière en termes de conseil et de produits.
Bâle II incarne toute une démarche qui a débuté dans certains pays occidentaux et qui se répand maintenant sur les rives de la Méditerranée. Je précise que, pour le moment, tous les pays doivent atteindre les objectifs dans les mêmes délais.

L’approche entreprise des Banques populaires Lorraine-Champagne

Jacques BONORA
Je vous proposerai une brève description du système de “décision crédit”, tel qu’il existe à la Banque populaire Lorraine-Champagne (BPLC) depuis environ quatorze ans. Ce système, qui fait une large part à l’informatisation et à l’automatisation, est une des clés de la réussite de cette banque. J’évoquerai également la manière dont nous allons intégrer les contraintes de Bâle II dans notre système, afin de les transformer en axes de progrès et en avantages concurrentiels.
Le processus de “décision crédit” est caractérisé par un dossier client entièrement informatisé. Les demandes de crédits et les conditions tarifaires sont saisies par le chargé de clientèle. Placées dans un parapheur électronique, les demandes sont orientées vers le niveau de délégation adéquat pour effectuer la validation.
La BPLC est caractérisée par un comité de crédit quotidien qui prend des décisions sur les dossiers, quel que soit leur niveau.
Le système informatique Symphonie donne accès aux bilans, aux renseignements généraux, aux données sur les affaires liées au dossier client, à l’historique des commentaires sur plusieurs années, à l’historique des écritures et des mouvements, à la centrale des risques Banque de France, à la notation interne, aux garanties, à la situation des avoirs et des engagements, à l’équipement du client, à un calcul de rentabilité. Une trentaine de données sont analysées en permanence par le système, afin que la note attribuée mensuellement s’ajuste exactement à la situation du client. Quatre éléments principaux sont retenus : l’allure du compte, les incidents de fonctionnement, l’évolution des flux, la structure financière. Les notes attribuées mensuellement aux clients entraînent des modifications du niveau des délégations des collaborateurs. Ce système de délégation à géométrie variable permet, en cas de difficulté, qu’un œil neuf se pose sur le dossier du client.
Un des objectifs principaux de Bâle II est la valorisation des garanties. Nous avons pris une certaine avance en la matière car ce fichier existe déjà et nous n’avons pas beaucoup d’éléments à ajouter pour répondre aux exigences de Bâle II. Toutefois, des améliorations peuvent être introduites dans plusieurs domaines. Les commentaires ne sont pas assez formatés : les sensibilités des chargés de clientèle peuvent s’exprimer, en matière de risques. Dans le cadre de Bâle II, nous formaterons davantage les questions incontournables qui doivent être posées avant de prendre un risque sur une entreprise. Par ailleurs, Bâle II nous a incité à intégrer toutes les garanties dans le système, afin de valoriser le risque réel d’un dossier et d’impacter les délégations de décision. Enfin, nous estimons que la rentabilité et les fonds propres ne sont pas suffisamment pris en compte dans le système de décision comme dans l’esprit des collaborateurs. Bâle II et le ratio McDonough favoriseront un meilleur pilotage de cet aspect de la gestion des comptes.
La BPCL souhaite transformer les contraintes de Bâle II en points positifs, afin d’améliorer un système déjà performant mais encore perfectible. Le dossier client sera enrichi par un formulaire à compléter pour chaque client corporate, qui deviendra un préalable à l’attribution des notations.
La mise en commun des informations permet de confronter en temps réel des informations ou des opinions et d’améliorer la gestion des risques. Ce système de notation étant commun aux vingt Banques populaires, nous pouvons comparer les différentes notations pour un client identique. La plupart des garanties vont être valorisées : garanties immobilières, nantissement de véhicules, matériel, nantissement de fonds de commerce, calcul du Losses Given Default (LGD), c’est-à-dire la probabilité de perte par segment de crédit. Les garanties permettront également d’améliorer le système de décision en faisant varier le niveau de délégation en fonction du risque final.
À partir du LGD standard de 45%, nous nous efforçons d’obtenir de meilleures garanties pour réduire le risque jusqu’à 0% pour des garanties financières et 30% pour des garanties immobilières. La banque doit ainsi se poser de nouvelles questions sur la valeur des garanties. La prise en compte des fonds propres deviendra un point de passage obligé lors de l’étude d’un crédit.
Un outil de simulation intégrant les fonds propres sera à la disposition des chargés de clientèle pour rationaliser la décision d’accorder les crédits. Plus l’exigence en fonds propres sera élevée, plus les délégation de décision seront faibles.
En conclusion, je dirai que si Bâle II apparaît de prime abord comme une contrainte, au-delà des coûts de développement élevés qu’il implique, il convient d’en faire un avantage : il s’agit en effet d’une manière intelligente d’exercer le métier de banquier et d’un outil de surveillance particulièrement performant.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Le système que vous venez de décrire associe étroitement la provision à la délégation de responsabilité. Comment peut-on traiter le risque en temps réel avec la délégation de pouvoir, compte tenu de la difficulté d’ajuster rapidement ces délégations ?

Jean-Claude HALB
Lorsqu’un chargé de clientèle dispose d’une certaine délégation sur un dossier, c’est sa capacité de l’exercer qui est réduite lorsqu’une note dégradée apparaît.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Quelle est, dans ce contexte, la relation client ?

Jean-Claude HALB
Une décision prise par un chargé de clientèle est toujours une décision de la banque. Il doit être en mesure de faire partager sa décision au niveau de délégation supérieur. Ces procédures ne peuvent pas avoir d’incidence sur la relation avec le client : il s’agit de questions internes à la banque. À travers ce système, qui présente beaucoup d’informations et porte à notre connaissance des éléments susceptibles de nous alerter, le temps joue en notre faveur. Nous avons ainsi l’opportunité de prendre à temps – et souvent avant nos collègues – la bonne décision.
Par ailleurs, toutes les banques soumises à Bâle II vont devoir passer d’un système ancien ; peu informatisé, à un système très contraint, en 2006 ou 2007. Le système qui vous a été présenté existe depuis quatorze ans et a constamment progressé au cours des années. Les salariés le maîtrisent et sont convaincus de son efficacité. Vous aurez par conséquent à mener un travail de formation considérable pour aboutir à un tel résultat.

Mohamed ALAOUI KACIMI
La BMCE a entamé une refonte complète de son système d’octroi de crédits et d’engagements. Dans le contexte de Bâle II, les tenants de la gestion du risque s’opposent aux commerciaux. Nous nous demandons comment ces deux pouvoirs peuvent s’équilibrer. En écoutant votre présentation, j’ai cru comprendre que les pouvoirs des gestionnaires étaient réduits par rapport à ceux qui contrôlent le risque.

Jean-Claude HALB
Vous avez raison, même si l’ambition ultime du système est de résoudre cette opposition constitutive du métier de banquier. En effet, nous souhaitons que les personnes chargées du développement soient en mesure d’intégrer la nécessité de sécurité.

Charbel CORDAHI
Le système que vous avez présenté est très sophistiqué. Il permet un contrôle de risque très rapide, du fait de la notation. Par ailleurs, il doit favoriser une réduction importante des coûts grâce au gain de temps et aux économies réalisées en termes de documents papier et d’espace. Enfin, la notation facilite certainement le contrôle et la décision des responsables. Je suis très surpris qu’un système d’information aussi développé existe et fonctionne depuis tant d’années.

Jean-Claude HALB
La BPCL dispose effectivement d’une base de données unique, qui sert à toutes les analyses : commerciales, risque et provisionnement.

Ali KHALBOUS, PDG, SIDCO (Tunisie)
Je voudrais vous interroger sur le comportement des banques en direction des entreprises. Il me semble que les banques ne jouent pas suffisamment leur rôle de promoteur économique en France aussi bien qu’en Tunisie. Dans le cadre de cette nouvelle culture de risque, nous pourrions repenser le rôle des banques par rapport au développement économique des pays et des régions.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Vous avez parfaitement raison : les PME font toujours figure de parents pauvres dans les actions de développement des banques.

Jean-Claude HALB
La tendance actuelle des banques françaises est de séparer les différents métiers. Le métier de la prise de participation au capital tend à être localisé dans des sociétés spécialisées. Par exemple, dans le groupe Natexis Banques populaires, qui est le plus important intervenant en fonds propres dans les PME, les interventions de Natexis Capital ne sont pas connues du reste du groupe. La scission entre le capital et le dépôt est désormais très nette, à l’intérieur du groupe, car ce sont deux métiers différents.

Sibylle RIZK, journaliste, l’Orient Le jour (Liban)
Les Banques populaires sont-elles pionnières en matière d’informatisation ?

Jean-Claude HALB
Les Banques populaires ont ouvert le premier distributeur automatique de billets en 1976. Nous avons été les premiers à adopter le minitel, à proposer des services de banque en ligne. L’introduction des nouvelles technologies a toujours été, pour nous, un axe stratégique fort : il s’agissait d’en tirer un avantage concurrentiel. Cependant, les différences tendent aujourd’hui à s’estomper car les techniques et les procédures s’homogénéisent.

Kamel Edine BOUATOUATA, directeur général, Finalep (Algérie)
Au Maroc et en Tunisie, nous devons créer des emplois à travers le financement de PME. À cet égard, il me semble que Bâle II tend à pénaliser les PME, dont on exige une plus grande charge en fonds propres. L’aspect positif de Bâle II, pour les PME, réside dans la présence, aux côtés des banques, d’un associé en capital investissement.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Il est évident que la maîtrise des risques, dans le cadre de Bâle II, limitera l’intervention des banques en faveur du développement des PME. Du point de vue du banquier, c’est au contraire une bonne chose que de vouloir maîtriser les risques afin d’assainir l’économie. L’opération est donc à double tranchant : si Bâle II va avoir un coût social, nous espérons que ces nouvelles règles donneront à nos économies des bases saines pour un développement futur. Nous ne sommes pas tous convaincus de la justesse de ce processus, mais il s’impose si nous voulons exister sur la scène internationale.

Pierre LEMAITRE
En tant que témoin extérieur, je vous proposerai quatre observations. La première est que la BPLC est en avance sur les autres banques, notamment en matière d’informatisation et d’industrialisation du traitement. Les seules banques à ne pas faire du stop and go sur le marché des professionnels et des PME sont les banques régionales et les Banques populaires.
En second lieu, il existe une distinction importante entre centralisation et décentralisation : les Banques populaires qui ont tenté de faire du recouvrement à l’amiable centralisé ont échoué.
Ma troisième remarque concerne la création d’entreprise, le capital-risque et la problématique de l’emploi. L’expérience m’a appris que l’emploi n’est créé qu’à la faveur d’une certaine gestion de la PME et non au moment de sa création. Si Bâle II, en sécurisant le capital développeur, facilite la création d’entreprise, le système de gestion des risques de la banque doit être capable d’accompagner le développement des PME.
Enfin, il me semble que la maîtrise du risque pour les PME est un métier très différent de la maîtrise du risque pour les grandes entreprises. En effet, les données financières ne sont pas toujours fiables. Les systèmes qui fonctionnent bien aujourd’hui, comme Interfimo (filiale du Crédit lyonnais), tiennent compte pour un tiers des données financières, pour un tiers du risque entrepreneur et pour un tiers du risque commercial.

Kamel Edine BOUATOUATA, directeur général, Finalep (Algérie)
Bâle II ne propose pas de réelle distinction entre les PME et les grandes entreprises. Nous courrons le risque que les recommandations de Bâle II fassent immédiatement l’objet de règlements de la part des autorités monétaires nationales.

La culture de formation de la Société marseillaise de crédit

Philippe BAILLY
Je souhaite apporter un éclairage sur la mise en place des nouvelles normes Bâle II en termes de culture de formation.
La Société marseillaise de crédit (SMC) appartient au groupe HSBC. Le projet Bâle II est intégré dans la démarche du groupe Crédit commercial de France (CCF), qui est notre maison mère. La méthode de notation interne, appelée “fondation”, a été retenue dans un premier temps, sachant que nous avons pour objectif d’adopter rapidement une méthode de notation plus avancée pour le calcul de la LGD.
Au niveau de la SMC, nous devons affecter notre clientèle à un portefeuille Bâle II. Compte tenu de la composition de notre portefeuille et des normes du groupe, la quasi-totalité de notre portefeuille – 98% – est classée en retail. S’agissant des encours, le pourcentage est de 88%.
Les outils de notation s’appuient sur un scoring expert adapté à notre clientèle propre. Néanmoins, nous appliquons aux PME un outil différent, construit par les équipes internes.
Notre échelle de notation est unique au sein de tout le groupe HSBC. Une culture de notation commune a été diffusée dans l’ensemble du groupe, tout en adaptant l’organisation au profil de chaque portefeuille de clients.
La “note client” est attribuée en fonction du comportement des clients sur les comptes (découverts, dépôts, soldes moyens, nature du client, âge, CSP, risques constatés, liasses fiscales). La “note client” est recalculée chaque mois et complétée par une “note dossier” calculée lors du montage de chaque dossier.
Le modèle de notation des PME repose, quant à lui, sur des variables financières, comportementales, externes et qualitatives. Un questionnaire qualitatif comportant douze questions est utilisé au moment de la relation commerciale avec le client. Comme chez les Banques populaires, le dossier est électronique et gère la hiérarchie des pouvoirs.
Nous ne pouvons nier que Bâle II impose aux banques une forte contrainte, qui a des conséquences comportementales pour les commerciaux.
Auparavant, nous appliquions un système de notation à quatre niveaux. Aujourd’hui, nous devons apporter beaucoup plus de finesse dans la notation et prévoir des alertes supplémentaires. Le régulateur nous oblige à utiliser des notations affinées, qui doivent être traduites en termes de comportement décisionnel, commercial et de surveillance.
Afin d’intégrer la note au processus de crédit, nous avons décidé de présenter la notation dans tous les outils concernant le client. Nous avons établi des règles de correspondance entre l’ancienne notation et la nouvelle. Par la suite, nous pensons adapter les délégations de crédit en fonction de la note.
Pour autant, nous souhaitons que la décision reste humaine : la note n’est qu’un outil supplémentaire dans l’appréciation du risque. Quelles que soient les recommandations de Bâle II, nous ne devons pas réduire nos clients à des notes : nous devons continuer à apprécier nous-mêmes les risques.
Nous avons adopté des règles de gestion particulières en direction des clients dont la note est dégradée : gestion de proximité, consolidation des garanties, rendez-vous plus fréquents. Nous devons à mon sens capitaliser tous ces investissements. Nous envisageons notamment d’adapter ce système de notation aux délégations de crédit.
Afin de mener à bien ces réformes, nous avons mis en place un plan de formation de janvier à juin 2004. Il concerne toutes les équipes commerciales et tous les services de l’entreprise. Nous avons accompagné ces formations d’un discours sur la nécessité de continuer à conclure des affaires, au-delà des notations informatiques.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Je retiens de votre intervention que nous devons continuer à faire des affaires et que la décision des banquiers doit rester humaine.

Philippe BAILLY
Les nouveaux outils devraient permettre de réduire les délais de décision, mais ils ne doivent pas gêner le commercial dans la gestion de ses dossiers.

Jean-Claude HALB
S’il est justifié de rappeler que la décision reste humaine, n’oublions pas qu’un système de notation se distingue d’un système de scoring. En effet, le scoring consiste à laisser la machine prendre la décision tandis que la notation propose une information. Bâle II ne propose qu’un système de notation, contrairement à ce que croient beaucoup de commerciaux. Par ailleurs, ce n’est pas parce que le système sera plus informatisé qu’il sera plus contraignant. Il pourra, au contraire, permettre de disposer d’une plus grande palette de propositions commerciales.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Dans la mesure où tous les systèmes mis en place pour maîtriser les risques sont dictés par des systèmes informatiques, il me paraît crucial que l’homme puisse intervenir afin d’éviter de graves dérapages.

Ali KHALBOUS, PDG, SIDCO (Tunisie)
Ce système concerne-t-il tous les clients de la banque ? Quel est le coût de sa mise en place pour cette dernière ?

Philippe BAILLY
Tous les clients sont notés. Par ailleurs, si le système a un coût de développement élevé, il pourra être valorisé dans d’autres domaines.

Jean-Claude HALB
Toutes ces dépenses doivent être considérées comme des investissements. La mise en place des nouveaux outils d’analyse doit être l’occasion d’une réflexion plus profonde sur le métier de banquier.

Kamel Edine BOUATOUATA, directeur général, Finalep (Algérie)
Quel est le rôle du comité de crédit ?

Philippe BAILLY
Le réseau commercial, la direction du crédit et le comité de crédit ont chacun un pouvoir différent en termes de délégation de crédit.


Le financement des PME dans le cadre de Bâle II

Abbas EL HALABI
Membre du conseil d’administration de la BBAC, Bank of Beirut and the Arab Countries, et conseiller du président directeur général
L’application de Bâle II pose plusieurs problèmes aux pays méditerranéens. Premièrement, quelques pays, dont le Liban, sont en phase de négociation pour obtenir des ajustements vis-à-vis de certaines clauses de l’accord. Deuxièmement, nous devons établir des critères définissant ce qu’est exactement une PME. Suivant cette définition, la pondération du risque affectée aux avances peut passer du simple au double. Enfin, nous devons trouver des financements adéquats auprès des organismes supranationaux alors même que le financement des PME n’est guère attrayant pour les banques. Il me semble que la coopération euroméditerranéenne devrait permettre de trouver des solutions à ces problèmes.

Avant d’aborder le thème de notre communication, il faudrait peut-être soulever certains problèmes dont la solution est une condition sine qua non à toute tentative de formation.

1. Le premier consiste dans l’ajustement de certaines clauses de l’accord de Bâle II avant sa mise en application en 2007. Ces clauses se sont avérées, en effet, inapplicables par des pays méditerranéens signataires comme le Liban. Afin d’anticiper ces difficultés, la Banque du Liban a entamé des pourparlers avec les instances internationales concernées. Aucune décision définitive n’a cependant été prise jusqu'à ce jour. Les pays membres de la coopération euroméditerranéenne pourraient soutenir le Liban dans cette démarche et l’aider à définir les ajustements souhaitables, surtout que la majorité de ceux-ci s’applique à l’ensemble des pays de la rive sud de la Méditerranée.
2. Quant au second problème, qui découle en fait du premier et qui concerne directement le sujet dont nous devons traiter, il consiste dans l’élaboration de critères permettant de définir une PME : il s’agit, d’une part, d’établir les indicateurs à retenir et, de l’autre, de définir les bases selon lesquelles ces indicateurs devront être modifiés dans les différents pays. Ainsi, par exemple, une entreprise ayant un chiffre d’affaire de 3M$ ou de 5M$ pourrait être considérée comme une grande, une moyenne, ou une petite entreprise selon le pays où elle est établie. Par suite, la pondération du risque affecté aux avances qui lui seront faites varierait substantiellement selon Bales II. Au Liban, par exemple, cette pondération est de 63% si l’entreprise est une PME, et de 150% si elle est considérée comme grande entreprise. Cette pondération varie donc du simple au double, et même au-delà, selon le classement de l’entreprise.
3. Le 3e problème, qui n’est pas le moindre, consisterait à trouver des financements adéquats aux PME auprès des organismes supranationaux ou auprès des organismes non gouvernementaux (ONG), car le financement des PME n’est pas très attrayant pour les banques. En effet, les PME sont considérées comme des “high yield corporates” car, pour accepter de leur octroyer des avances, les banques leur imposent des taux d’intérêt élevés.
Mais la coopération méditerranéenne pourra certainement contribuer à la solution de ces divers problèmes.

Revenons maintenant au thème principal de notre communication qui est la formation à l’approche entreprise et le financement des PME.
L’accord de Bâle II, par son système de pondération des risques, encourage à juste titre le crédit aux PME. Ceci s’explique essentiellement par l’importance de ces dernières en matière de développement rural, de création d’emplois, ainsi que par le fait qu’elles représentent généralement une part non négligeable du marché des affaires, 80% par exemple au Canada. Par ailleurs, et contrairement aux grandes sociétés, les PME n’ont généralement pas accès aux marchés boursiers pour se financer.

Le développement et, par suite, le financement des PME dans la perspective de l’application de l’accord de Bâle II, nécessitent des efforts de formation dans plusieurs domaines :

1. Il faudrait, tout d’abord, aider toutes les parties concernées à mieux comprendre et à mieux approfondir les principaux concepts qui caractérisent ce nouvel Accord.

2. La formation devra porter ensuite sur les implications de la nouvelle culture du risque qui découlent de cet accord. Plus particulièrement, elle devra porter sur le problème du “Risque crédit” et de l’analyse de notation ou “Rating” qui lui est sous-jacente.
En effet, d’après l’accord de Bâle II, l’évaluation du “Risque crédit” et, par suite, la valeur des capitaux que les banques doivent détenir, découle d’une pondération de tous les actifs dont les avances aux entreprises. Or cette pondération se base sur l’analyse de notation ou rating, qu’il s’agisse du rating souverain, de celui de la banque ou du rating des entreprises sollicitant ou profitant déjà de crédits bancaires.

Ainsi, beaucoup d’efforts de formation seront nécessaires à ce niveau, aussi bien pour les banques que pour leurs clients. La première démarche en la matière consistera dans l’initiation des cadres du secteur bancaire aux méthodologies d’analyse de notation et de gestion des risques en vue de l’application de l’accord de Bales II.
On se contentera de signaler aussi, à ce niveau, la nécessité de la réflexion sur les avantages et les limites de la création d’agences de rating locales et régionales, et par suite sur l’opportunité d’une pareille initiative.

3. L’approche des petites et moyennes entreprises
Les efforts de formation visant le développement des financements aux PME porteraient essentiellement sur les mesures suivantes :
• Il est nécessaire, en premier lieu, d’établir une transparence au niveau du secteur non bancaire. En effet, les statistiques financières relatives aux PME sont, au Liban comme dans beaucoup d’autres pays du Bassin méditerranéen, soit inexistantes, soit incomplètes et erronées. L’État devra forcer toutes les sociétés à être plus transparentes en encourageant leur audit ou en améliorant le contrôle de leurs déclarations financières. A ce propos, les efforts réalisés ou à venir qui accompagnent l’application de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) peuvent contribuer positivement à la solution de ce problème.
• Il faudrait, en deuxième lieu, que les banques mettent en place des équipes de conseil pour éclairer les PME sur les stratégies de financement, les restructurations et l’optimisation de leur capital.
À titre d’exemple, un spécialiste pourrait être affecté à chaque branche ou succursale d’une banque pour guider et conseiller le propriétaire d’une PME afin de pouvoir répondre à ses besoins financiers tant personnels qu’opérationnels. Ce spécialiste, qu’on devra éventuellement former, pourrait recevoir, au besoin, l’assistance d’un comité de spécialistes relevant du siège social.

Nous citerons, par ailleurs, les mesures suivantes qui nécessitent un effort d’initiation ou de formation :
• L’encouragement des banques à travailler en partenariat avec les principales associations de petites entreprises (syndicats, organisations professionnelles),
• La mise en place de nouveaux produits et services adaptés,
• La mise au point des programmes d’information qui permettront aux PME de se rencontrer, de partager leurs idées et de profiter des conseils des experts de l’industrie et des finances.
• Finalement, la nécessité d’instaurer des relations équitables avec les PME en élaborant par exemple un “code de conduite” qui régira les relations entre les banques et les PME (principes d’ouverture et de responsabilisation, processus de demande de crédit, de règlement des plaintes, etc.)

En conclusion, il faudrait que les banques puissent avoir la possibilité de conseiller les petites et moyennes entreprises afin de les financer ; tout comme il faudrait que les banques puissent avoir accès à des financements adéquats.
À ce propos, la mise en place d’un organisme supranational, panarabe ou moyen oriental, avec l’appui de l’Europe, du FMI et de la Banque Mondiale, pourrait être opportune. Cet Organisme pourrait lever les fonds nécessaires au financement des PME en s’appuyant essentiellement sur les banques et les fonds islamiques.
La coopération euroméditerranéenne pourra ainsi contribuer au développement des financements aux PME non seulement au niveau de la formation mais au niveau opérationnel aussi, compte tenu de la nouvelle culture du risque qu’implique l’accord de Bâle II.

Jean-Claude HALB
Qui pourrait supporter le risque au sein de cet organisme panarabe ?

Abbas EL HALABI
La banque libanaise pourrait supporter ce risque.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Je ne suis pas certain qu’une organisation supranationale soit la mieux placée pour traiter la question du financement des PME. En revanche, il me semble qu’un fonds de garantie, soutenu par l’Union européenne par exemple, pourrait permettre à un tel organisme de fonctionner.

Ali KHALBOUS, PDG, SIDCO (Tunisie)
En Algérie, les PME sont généralement des entreprises familiales qui ne publient pas de comptes sociaux. Cette situation juridique ne leur donne par accès au capital-risque. Il ne me semble pas que Bâle II établisse une différence entre les PME et les grandes entreprises.

Jean-Claude HALB
Bâle II a plutôt tendance à favoriser les PME, dans la mesure où le taux de fonds propres nécessaire est jugé plus important pour les grandes entreprises que pour les PME.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Au Maroc, 92% des entreprises sont des PME.

Jean-Claude HALB
Les demandes d’ajustement et les délais de mise en place sont légitimes pour des pays comme l’Algérie et le Liban. Il me semble que les objectifs de Bâle II ne pourront pas être atteints par tous les pays en 2007.

Abbas EL HALABI
Nous sommes dans l’attente d’une version libanaise des accords de Bâle II.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Au Maroc, des comités Bâle II travaillent pour être au rendez-vous en 2007.

Samir HAMOUDA
Il me semble que les normes doivent rester les mêmes dans tous les pays.

Ali KHALBOUS, PDG, SIDCO (Tunisie)
Notre atelier devrait davantage se pencher sur le thème de la formation et moins sur les questions de financement. Que pourrait faire l’association Finances Méditerranée pour soutenir la formation au sein des PME ? Pourrions-nous imaginer une collaboration continue en la matière ? Un travail commun autour de la formation permettrait de développer cette nouvelle culture bancaire, de faire naître des partenariats générateurs d’activité économique.

Abbas EL HALABI
Nous pourrions créer un réseau de centres de formation à l’échelle euroméditerranéenne.

Jean-Claude HALB
Nous évoquerons, lors de la clôture de ce colloque, la possibilité de créer une banque de stages.

Vers une collaboration euroméditerranéenne

André HUE
Bâle II introduit une grande révolution technologique qui impliquera, notamment de la part des pays du sud de la Méditerranée, un investissement considérable en termes de formation et de développement des compétences. À cet égard, il me semble que l’Algérie devra fournir un effort particulièrement important. Par ailleurs, les banques centrales européennes sont très sollicitées par les pays du sud de la Méditerranée au sujet d’outils statistiques et d’information. Une sensibilisation plus particulière en direction des banques centrales pourrait être menée afin qu’elles proposent, par exemple, une centrale de risques. Le tissu économique constitué par les PME est encore mal connu des banques de la zone méditerranéenne, qui restent très réticentes à les financer. Les programmes européens ou bilatéraux initiés par des bailleurs de fonds pourraient être intéressants pour les banques. L’accompagnement des PME peut se doubler de la constitution de bases de données sur le tissu économique local. Ainsi, les banques commerciales pourraient élaborer des score cards ou des systèmes de rating. Enfin, les systèmes experts européens, lorsqu’ils sont plaqués sur les systèmes des pays en phase de mise à niveau, peuvent avoir de très mauvais résultats. Il est nécessaire de mieux cerner les risques, de consentir de nouveaux efforts de formation et de mobiliser les compétences en interne afin de bâtir des systèmes adaptés aux réalités.

Mohamed ALAOUI KACIMI
Il est crucial que les banques et les autorités de tutelle collaborent dans le cadre des accords de Bâle II. Nous avons créé au Maroc des commissions qui réunissent les banques et la banque centrale pour la mise en place de centrales de bilans, de systèmes de rating uniformes et d’une communication commune.

Samir HAMOUDA
Nous avons été invités à ce colloque en tant qu’association de managers. Nous essayons d’améliorer l’environnement des entreprises en Algérie. En Algérie, la durée moyenne de traitement d’un dossier de crédit pour une PME est de huit à douze mois. Ceci s’explique par des carences en matière de formation, par la composition du tissu économique, par l’absence de transparence des données sectorielles et l’absence de centrales des risques. Si le réseau bancaire français a initié les réformes relatives à Bâle II il y a plus de dix ans, comme l’exemple des Banques populaires l’a montré, vous pouvez imaginer l’immensité des besoins de formation en Algérie.

Jean-Claude HALB
Par-delà les problèmes institutionnels, il me semble que les obstacles techniques peuvent être dépassés progressivement. À mon sens, le problème majeur réside dans la formation des hommes à ces nouveaux outils : il faut faire des contraintes de Bâle II une chance de progrès. C’est pourquoi la formation et l’échange d’expériences constituent une réponse intelligente à la mise à niveau des pays méditerranéens.

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