9h30 : Introduction, Banque de France
L’expérience d’une banque centrale en matière de formation et de coopération


Gérard BEDUNEAU
Directeur de l’Institut Bancaire et Financier International (IBFI) de la Banque de France
(Présentation multimédia)

Le Président Pérez m’a demandé d’évoquer notre expérience de banque centrale en matière de formation. Je me suis permis d’ajouter à ce thème la dimension internationale de la formation. Aux côtés de l’IBFI, que je dirige, l’IDEF est chargé de la formation du personnel de la Banque de France.

Les actions de formation de l’IBFI en direction des banques centrales

L’IBFI propose des formations presque exclusivement aux banques centrales étrangères et aux organismes de supervision. Notre équipe étant relativement restreinte, le gouvernement de la Banque de France nous a demandé de cibler notre action. Par conséquent, nous n’assurons pas la formation des banques commerciales ou des administrations publiques.
L’IBFI s’intègre dans la politique internationale de la Banque de France, dont nous portons le message monétaire. Nous ne sommes ni un institut académique ni une structure reliée au département des ressources humaines. Notre directeur n’est pas le responsable des ressources humaines ; c’est le directeur général des études et des relations internationales de la Banque de France.
Les sujets que nous abordons relèvent essentiellement de thématiques liées à la banque centrale. Lorsque nous étudions d’autres questions, nous les abordons sous l’angle de la banque centrale : audit, sécurité, systèmes de paiement, analyse financière d’entreprise. Nous insistons beaucoup sur l’usage de l’analyse financière d’entreprise dans la politique monétaire ou sur la politique prudentielle en matière de qualité de crédit des portefeuilles bancaires.
L’activité de l’IBFI se décline autour de trois produits principaux.
Des séminaires organisés à Paris et à Marne-la-Vallée s’adressent aux banques centrales de tous les pays.
Des visites d’études permettent aux personnels des banques centrales étrangères d’aborder en petit comité des questions plus pointues.
Des séminaires sont en outre organisés au sein des banques centrales étrangères.
Par ailleurs, l’IBFI organise un séminaire monétaire international qui se tiendra cette année du 7 au 11 juin et réunira 47 banques centrales sur le thème de la gestion du risque de crédit et la stabilité financière. L’IBFI propose également des tutorats, des stages et des visioconférences internationales sur des thèmes ciblés.
En 2003, l’IBFI a formé plus de 2 800 cadres issus d’une centaine de banques centrales et organismes de supervision bancaire. Les trois pays du Maghreb, représentés aujourd’hui, ont inscrit 750 cadres à nos séminaires. Sur les 11 000 jours de stages de l’année 2003, 25% ont concerné des pays du Maghreb.

Les leçons d’une politique de formation

Nous tirons plusieurs leçons de nos activités de formation en direction des banques centrales.

Le multiculturalisme est une richesse
Le contexte fondamentalement multiculturel dans lequel nous travaillons est un atout plus qu’un obstacle. Il n’en reste pas moins que le multiculturalisme est un défi permanent, qui exige un certain savoir-faire. Nous devons, semaine après semaine, organiser des rencontres au sein de groupes composés de Kazakhs, de Péruviens, d’Algériens, de Swazilandais et de Chinois. Par-delà les différences certaines qui existent entre les cultures, nous estimons que ces rencontres constituent une recherche considérable pour le développement de nos formations.

La demande croissante de formations pratiques
Les échanges qui se déroulent au cours de ces séminaires sont de nature conceptuelle : chacun exprime sa vision et met en lumière ce qui caractérise la politique de son pays. Si ces rencontres sont très riches d’enseignements au niveau conceptuel, nous sentons grandir une demande sur les dimensions opérationnelles de la formation. Les stagiaires expriment notamment des besoins de formation en matière de change.
Les séminaires sont en fait de moins en moins sollicités au sujet des régimes de change mais de plus en plus sur les modalités de gestion des réserves de change ou sur les calculs quotidiens. Les éléments de sécurité, d’audit ou de calcul sur les dérivés de crédit font également l’objet de fortes demandes de formation.

La formation favorise l’émergence d’une culture bancaire mondiale

Par le biais de ces séminaires, une certaine osmose se développe entre les stagiaires issus des banques centrales de différents pays. Chacun peut s’inspirer de l’expérience des autres banques sans pour autant chercher à reproduire des modèles identiques. Il est très positif de pouvoir capitaliser les réussites de certains pays et de tenir compte des errements des autres. Les stagiaires peuvent tirer ensemble des leçons sur les expériences internationales afin de mener dans leurs propres pays les politiques les plus adéquates. Ce type de formation contribue à homogénéiser les pratiques à l’échelle internationale. Aujourd’hui, nous constatons fréquemment que des pays très éloignés culturellement emploient le même langage et appliquent des procédures similaires. Ces formations permettent également de développer une culture de coopération par l’expertise. Dans la mesure où les stagiaires pratiquent le même métier, utilisent un langage commun, un fort esprit de coopération peut se développer.

Le contenu et l’esprit des formations à l’IBFI

Le lien entre notre action en direction des banques centrales et l’évolution des métiers bancaires pose la question du contenu et de l’esprit de la formation. En effet, la mise en œuvre de la politique monétaire touche directement le fonctionnement des banques dans de nombreux domaines. Les principaux domaines concernés sont les prévisions de liquidités bancaires et les besoins de trésorerie quotidiens des banques, les prévisions de liquidités pour les gestionnaires du marché monétaire, la gestion de la dette publique. Dans le cadre de Bâle II, le contrôle prudentiel des établissements de crédit est de plus en plus sensible du côté des autorités comme à l’échelle de chaque banque. À ce propos, le Président Pérez a utilisé de manière tout à fait justifiée le terme de changement culturel. Le contrôle interne en matière de gestion du risque et le blanchiment de l’argent et l’application des nouvelles normes comptables font partie des sujets d’actualité de notre secteur. Le thème des infrastructures occupe également une place importante dans nos réflexions à travers les questions des systèmes de paiement et des systèmes d’information comptable, financière et de reporting.
La Banque de France a favorisé le développement de l’analyse financière des entreprises : centrales de bilans, cotations, centrales de risques, centrales d’incidents. Ces thèmes sont situés à l’interface de l’activité des banques commerciales et des banques centrales.
Concernant l’esprit des formations, nous souhaitons inculquer une certaine vision aux stagiaires. Nos collègues des banques centrales doivent passer d’une culture de relation administrative à une culture de la clientèle et du résultat.
Par ailleurs, nos séminaires s’efforcent de développer chez les stagiaires une pensée internationale traduisible à l’échelle locale. Une partie de notre documentation est disponible sur Internet, afin que l’information puisse être diffusée par les stagiaires dans leurs pays respectifs (www.banque-france.fr/fr/banque/main.htm).
Les séminaires familiarisent également les stagiaires au travail en réseau. Aujourd’hui, la culture du travail en réseau est devenue un élément fondamental de stabilité financière au quotidien des pays et permet d’éviter de nombreuses crises.

Joseph PÉREZ
Vous n’aurez pas manqué de remarquer un élément révolutionnaire. Il a évoqué la nécessité de passer d’une culture administrative à une culture de clientèle. Si le représentant d’une banque centrale nous parle de clientèle, c’est véritablement qu’il s’est passé beaucoup de choses ces dernières années !
Pierre Lemaître, directeur de la formation permanente au CFPB, est un des grands inspirateurs de la formation bancaire en France. Sa longue expérience fait de lui un intervenant de choix pour évoquer les métiers de demain.

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