9h50
: Introduction, CFPB
Former
aux métiers de demain

Pierre LEMAITRE
Directeur central, Directeur de la formation permanentedu Centre de Formation
de la Profession Bancaire (CFPB)
(Présentation
multimédia)
Je remercie Finances Méditerranée de nous accueillir devant
un auditoire aussi prestigieux et impressionnant. À titre personnel,
je vous remercie également de nous donner l’occasion d’espérer
qu’entre les États-Unis et la Chine, l’Euroméditerranée
représente une chance d’exister pour tous nos pays.
Vous m’avez demandé d’évoquer la formation aux métiers
de demain. J’ai davantage l’intention d’évoquer la
formation aux métiers anciens qui se transforment. Cela ne signifie
pas qu’il n’y a pas de nouveaux métiers, mais qu’il
se produit une transformation en profondeur des métiers existants.
Le CFBP intervient depuis 70 ans dans le secteur de la formation. Le chiffre
d’affaires du CFPB, qui s’élève à 40 millions
d’euros par an, n’est pas lié aux cotisations des banques
mais à sa capacité de répondre à vos besoins.
Le CFPB emploie 170 permanents et accueille chaque année environ 2
000 intervenants.
Le CFBP intervient dans quatre domaines principaux : l’insertion des
nouveaux collaborateurs, les formations de base, l’accompagnement de
la promotion sociale, le perfectionnement et l’adaptation au changement.
Nous nous efforçons de développer des technologies pédagogiques
multimédias dans ces quatre secteurs d’intervention.
La question de la formation aux nouveaux métiers de la banque s’inscrit
dans le cadre de la pression croissante pour la compétitivité.
Elle implique une mutation en profondeur des stratégies de formation
qui risquent, dans un premier temps, d’être moins centrées
sur le développement des personnes que sur les résultats quantitatifs
de productivité. L’exigence de performance implique de nous pencher
davantage sur la formation afin d’accroître l’efficacité
des postes de travail. En effet, les postes de travail sont de plus en plus
spécialisés et doivent répondre à une exigence
professionnelle accrue.
Cette remarque ne signifie pas que nous nous en tiendrons à une démarche
de court terme : il est prévisible que notre monde va continuer à
se transformer à vive allure. La formation tout au long de la vie,
chère à l’Union européenne, fera dorénavant
partie intégrante de notre environnement quotidien.
Afin de me rapprocher davantage du cœur de notre sujet, je vous proposerai
un tour d’horizon des métiers et je prendrai quelques exemples
de réussites récentes qui pourraient dessiner de nouvelles pistes
de collaboration. En effet, il me semble qu’en matière de formation,
la question du partage est essentielle.
Les métiers de contact avec la clientèle
Les
métiers de contact avec la clientèle dans le cadre de la banque
commerciale ont connu deux grands changements.
Le développement de la banque à distance (plates-formes téléphoniques,
transfrontalières) a impliqué de nombreuses formations techniques
et commerciales. Dans ce contexte, la formation des managers et des responsables
de plates-formes téléphoniques est encore perfectible.
La transformation en profondeur de l’organisation des points de vente
est tout aussi significative. Il y a quelques années, certains pensaient
que les banques de proximité étaient vouées à
une disparition prochaine. Il est vrai que, dans de nombreux pays de l’Europe
du Nord, la banque à distance a rencontré un immense succès.
Plus précisément, ce sont les tâches de service courant
qui ont été transposées vers le client alors que l’activité
d’agence s’est transformée vers une activité de
conseil et de commercial. Une telle évolution nécessite d’accroître
les compétences techniques du personnel des agences. Le niveau de professionnalisme
exigé implique de s’appuyer sur un socle de compétences
accru. Pour autant, ce socle de compétences n’est plus suffisant
pour les métiers liés au risque et au marché des professionnels
et des PME. En effet, l’appréciation outillée et structurée
de la fiabilité de l’emprunteur est devenue incontournable, de
même que le suivi au quotidien de la situation des clients.
Au sein des métiers commerciaux, les métiers de diversification
comprennent les métiers filialisés, les métiers du développement,
du crédit à la consommation, de l’assurance, du crédit-bail
et de l’affacturage. Les métiers de diversification concernent
également les métiers de banques de gros, de banques d’entreprise,
les services d’investissement et les métiers de marchés
financiers. Tous ces métiers supposent le développement de compétences
techniques ainsi que de compétences méthodologiques et comportementales.
Il est en effet très important que la banque s’occupe du client.
Nos clients n’attendent pas seulement que nous ayons des compétences
en matière de négociation tarifaire, ils attendent également
que nous puissions effectuer un suivi de leurs risques. Ils sont en demande
d’une compétence en matière bancaire. Nous ne vendons
pas d’argent, nous vendons de la confiance.
Aujourd’hui, les besoins de compétences en matière de
marketing sont considérables. De nombreux programmes se sont développés
ces dernières années sur le thème de l’évolution
des attentes des consommateurs, la préparation argumentaire, la segmentation
affinée, le CRM, les techniques de prospection, de prescription et
de démarchage.
Les métiers des unités de support
Les
métiers des unités de support sont également en forte
transformation. Ces dernières années, il était de bon
ton de prétendre que les banques auraient de moins en moins besoin
d’effectifs administratifs. Or nous constatons aujourd’hui que
le poids relatif des métiers administratifs et de sièges par
rapport aux activités de réseaux ne varie pas. Il n’en
reste pas moins que de nombreux métiers ont disparu du fait de l’automatisation
et du straight through processing par exemple.
En réalité, une transformation en profondeur des métiers
est à l’œuvre. De nouveaux métiers de surveillance
des processus de courtage apparaissent. Au cours des six derniers mois, j’ai
contribué à la réalisation des quatre kits de formation
à la lutte contre le blanchiment. Dans les back offices, les activités
de surveillances se modifient et se développent. Il s’agit d’activités
de surveillance à caractère multiple : surveillance des risques,
de la qualité des opérations, de la productivité, des
volumes, de la conduite des changements technologiques. Les activités
de surveillance interviennent également au niveau des processus de
prévente. Demain, le suivi de la prestation sera davantage effectué
par le back office que par le chargé de clientèle. Un accompagnement
très profond de la transformation de ces métiers est nécessaire.
Je ne suis pas certain que tous les établissements bancaires soient
conscients des implications de la révolution aujourd’hui à
l’œuvre dans les métiers des activités de support.
Si je voulais être un peu provocateur, je dirais que demain les activités
de support dicteront l’activité des commerciaux. Le back office
sera le premier à connaître la situation consolidée des
clients.
Métiers d’aide au pilotage de l’entreprise bancaire et financière
Les
métiers d’aide au pilotage sont en pleine transformation du fait
de l’optimisation des méthodes de gestion. Ces transformations
vont se prolonger par le changement des dispositifs prudentiels, les nouvelles
normes comptables, la supervision des risques. Nous sommes très sollicités
aujourd’hui par la Commission bancaire afin de mettre en place des dispositifs
de formation des auditeurs internes en vue du perfectionnement et de l’homogénéisation
des compétences. Face à ces nouveaux besoins, des outils de
formation doivent être proposés aux établissements bancaires.
Nous pouvons, par exemple, proposer des outils pédagogiques de démultiplication,
proposer des formations de formateurs locaux et internes. Je précise
que les équipes dirigeantes sont concernées au premier chef
par ces formations. Autour de Bâle II, nous formons les équipes
de projet et les informaticiens car les opérationnels vont être
confrontés à un changement complet de leur métier. Pour
le moment, il me semble que l’effort de formation en la matière
n’est pas suffisamment engagé dans tous les établissements
bancaires.
À partir de ce rapide inventaire des transformations des métiers
et des programmes de formations au cours des dernières années,
permettez-moi de vous soumettre deux réflexions provocatrices. Il me
semble qu’il existe deux manières de se tromper en matière
de formation. La première erreur consiste à dilapider du temps
et de l’argent en organisant des formations dont les destinataires n’ont
pas besoin. L’analyse fine des besoins, l’évaluation des
compétences de départ et l’adaptation des programmes aux
spécificités des besoins locaux sont les dimensions incontournables
de tout programme de formation efficace. Il est inutile d’acquérir
en dehors de vos pays des produits qui ne pourront être utilisés
dans vos pays. Le second écueil consiste à suivre des formations
qui ne seront pas suivies d’effet. Nous devons cesser d’attendre
des miracles de la formation. La formation n’est pas un outil suffisant
pour provoquer des changements de grande envergure. Les outils, les supports
et les dispositifs doivent être modifiés de manière concomitante.
Par ailleurs, les personnels doivent être motivés afin d’adhérer
aux réformes et les formations doivent être accompagnées
de manière intelligente. C’est pourquoi la réussite des
réformes que nous appelons de nos vœux suppose la formation de
l’encadrement intermédiaire opérationnel.
Joseph
PÉREZ
Pendant les années 1990 à 2002, les priorités des
banques commerciales concernaient le marketing, la commercialisation et la
fabrication de produits nouveaux. Aujourd’hui les nouvelles exigences
des autorités de tutelle et le contexte de concurrence nous font nous
focaliser davantage sur l’organisation des établissements et
des points de ventes.
L’ensemble des problèmes relatifs à l’audit et au
contrôle est devenu essentiel en termes de sécurité des
établissements bancaires. Le contexte de la concurrence nous conduit
à travailler en permanence sur l’efficience et l’efficacité
des procédures.
Par conséquent, nous devons être capables de réviser en
permanence nos méthodes de travail dans le domaine des moyens de paiement,
de la réception des clients ou du montage des dossiers de crédit.
Les procédures sont en cours de bouleversement, notamment du fait de
l’arrivée de nouvelles technologies. Dans ce contexte, nous devons
réaliser un gain de marge et de produits d’exploitation afin
d’être à la hauteur des exigences des autorités
de tutelle en matière de rentabilité et de sécurité.
Si nous avons beaucoup travaillé sur la formation des commerciaux,
nous devons également nous pencher sur les équipes de production
dont les tâches évoluent vers le contrôle et l’organisation.
Vous avez souligné de manière très pertinente que la
perception des clients allait de plus en plus dépendre de la qualité
d’intervention des services de back office. En effet, le commercial
aura demain une influence moins déterminante sur l’image de la
banque que les services de back office, capables d’apporter aux clients
une prestation de qualité.