“Le
Crédit mutuel méditerranéen n’a
jamais autant mérité son nom de Méditerranéen”
a déclaré, en ouverture, Lucien Miara directeur
général de la banque mutualiste. C’est
en effet au siège, dans les lieux habituels de réunions
des administrateurs bénévoles et des personnels
du Crédit mutuel méditerranéen que Finances
Méditerranée a tenu son colloque professionnel
sur les enjeux de la formation bancaire. Amphithéâtre,
salles de réunions, jardins… ont été
investis pendant une journée dense et conviviale par
des banquiers et professionnels de la finance du Maroc, de
Tunisie, d’Algérie, du Liban, d’Italie
et de France.
Plus d’une centaine de représentants des institutions
bancaires du pourtour méditerranéen, de l’Union
européenne, de la Banque européenne d’investissement
et de la Banque Mondiale, ont donc travaillé durant
cette journée sur la formation bancaire pour dresser
un état des lieux, cerner les besoins et bâtir
les axes de réflexion sur un référentiel
commun. L’objectif étant d’améliorer
la compétitivité des banques méditerranéennes
et de constituer un socle de compétences accru, commun
au pourtour méditerranéen.
Les quatre ateliers de l’après-midi ont permis
d’approfondir certains aspects de leurs métiers
: l’e-learning et la téléformation, la
formation à l’approche entreprise, le financement
des Pme et la nouvelle culture du risque (Bâle II),
le rôle des organismes internationaux dans la mutation
des banques, l’évaluation des compétences
et la certification qualité.
Les débats ont fait émerger un certain nombre
de constats. Une série de propositions sont venues
clôturer la journée de travail. Parmi ces constats,
Gérard Beduneau, directeur de l’Institut bancaire
et financier international (IBFI) de la Banque de France,
a souligné à quel point “un contexte
multiculturel est un atout plus qu’un obstacle même
s’il représente un défi permanent.”
Pour sa part, Pierre Lemaître, directeur central du
Centre de formation de la profession bancaire a rappelé
“qu’enseigner des pratiques qui ne seront
pas mises en œuvre fait perdre du temps comme de l’argent”.
Et a précisé que “si quelques métiers
sont nouveaux, il s’agit essentiellement de métiers
existants qui se transforment en profondeur”.
Les participants Nord et Sud sont d’accord pour travailler
d’abord sur les mentalités afin de passer d’une
culture d’administration à une culture de clientèle.
Ils ont également insisté sur la nécessité
de décliner sur place ce que les stagiaires ont appris
dans les séminaires, de dupliquer les formations dans
les pays du Sud et d’apprendre à travailler en
réseau.
Certains, comme Alaoui Kacimi, directeur général
adjoint de la BMCE Banque au Maroc ont affiché des
objectifs chiffrés très précis : “La
formation est un investissement, qui induit donc un retour
sur investissement. Notre objectif à cinq ans est que
le segment des particuliers passe de 40 à 70 % de notre
PNB. D’autre part, nous savons qu’il nous sera
très difficile de tenir avec 70 % des effectifs dédiés
au back office et 30 % au commercial. Nous voulons donc inverser
la tendance.”
Le colloque a aussi apporté une meilleure connaissance
des systèmes de formation bancaire des différents
pays, comme celui de la Tunisie “qui a créé,
en octobre 2002, un Centre de formation de la Banque centrale
de Tunisie, explique Chadia Bani, sa responsable depuis octobre
2003, ouvert aux cadres des établissements de crédits
tunisiens et aux hauts cadres de banques centrales africaines
et arabes.” La Tunisie qui bénéficie
depuis trois ans d’un programme spécifique, Meda,
portant sur “l’amélioration de la compétitivité
du système bancaire”.
La
table ronde du matin a également permis de découvrir
des environnements en pleine mutation comme celui de la Syrie
qui s’ouvre depuis le début de l’année
aux banques privées et “dispose d’indicateurs
très sains”, selon Jihad Yazigi, éditeur
et manager de Syria report. Ou celui du Liban surtout préoccupé
par l’impact de la mondialisation et des règles
de Bâle II. Pour Fadwa Mansour, directeur du département
formation à l’Association des banques du Liban
: “Il reste beaucoup à faire pour identifier
les besoins et il est nécessaire de concentrer les
efforts en matière de formation pour plus d’efficacité.
Nous avons des besoins, par exemple, en matière d’outils
pédagogiques et d’échanges de conférenciers
et d’animateurs”.
Enfin, Christian Angeli, directeur de l’international
du Centre de la formation de la profession bancaire, a précisé
que “le Maghreb et l’Afrique subsaharienne
représentent 95 % de notre activité à
l’international et que la coopération euroméditerranéenne
est un enjeu stratégique pour la banque française.”
Les
quatre propositions de Finances Méditerranée
Président de la SMC (groupe HSBC) et de Finances
Méditerranée, Joseph Pérez, au nom
de l’association et en conclusion des débats
et ateliers, a formulé quatre propositions majeures
:
-
La
création d’une bourse de stages ;
-
La mise en place d’un module “visites d’experts”
avec des journées de travail sur site ;
-
La création d’un (ou plusieurs) club thématique
pour parler des contenus, des outils, des méthodes,
des procédures d’évaluation ;
-
L’élaboration d’un programme méditerranéen
de formation.
Pour
Pierre Arias, secrétaire général de
Finances Méditerranée et délégué
général du colloque, “Marseille
a un rôle essentiel à jouer comme plateforme
coopérative en matière de formation bancaire.”
La
bourse de stages
“Nous avons envisagé quatre thèmes
prioritaires pour la bourse de stage, expliquait Jean
Claude Halb, vice-président de Finances Méditerranée
: le marketing et l’action commerciale, la gestion
prévisionnelle des carrières, le recouvrement
contentieux, l’approche entreprise et l’étude
crédit. L’enjeu, a-t-il souligné,
c’est le temps, par exemple pour mettre en place
Bâle II dans les délais impartis.”
Il s’agirait donc de stages de trois à six semaines,
s’adressant à des personnes de formation supérieure,
dotées d’une première expérience
- voire confirmés - et disposant d’un pouvoir
de décision… Ces stages seront organisés,
de préférence, dans des banques régionales
qui, de par leur taille, sont confrontées au même
type de problématiques. “Il nous reste aujourd’hui
à aller voir les différents établissements
pour définir l’offre de stages.”
La proposition a recueilli tous les suffrages, même
si la question cruciale du financement reste posée…
notamment aux représentants des instances européennes
et internationales. Les participants ont également
fait des propositions complémentaires : “Il
faudra prendre en compte l’identification et la projection
des besoins, ainsi que la mise en place de bilan de compétences
pour permettre une gestion de ces stages à long terme",
a notamment indiqué Habib Karaouli, Pdg de la Banque
d’affaires de Tunisie.
“Et ce d’autant plus qu’il n’y
aura pas suffisamment de stages, a souligné Joseph
Pérez, ce sera même une denrée rare.
Ils doivent être précédés d’un
cahier des charges, comprenant notamment les attentes du stagiaire
et les conclusions de sa période de formation. Il faudra
veiller à bien encadrer ces stages.”
“Cette bourse de stages pourrait avantageusement
être élargie aux institutions financières
et aux banques d’affaires, aux sociétés
de leasing, de factoring…” notait Samir Marrakchi,
vice-président de Finances Méditerranée
et président de SPPI, pour qui “la formation
la moins coûteuse, la plus rapide et la plus efficace
se fait dans le partenariat. Il faudrait donc envisager de
créer une bourse en partenariat avec les institutions
financières.”
Les
visites d’experts
“Ces visites réuniraient d’une à
trois personnes sur une courte période (1 à
2 jours) et pourraient concerner aussi bien des experts du
Nord que des experts du Sud”, notait Joseph Pérez.
“Je suis très favorable à ce principe
de visite d’experts, expliquait Chadia Bani, responsable
du Centre de formation de la Banque centrale de Tunisie :
surtout en ce qui concerne Bâle II, les problèmes
de terrorisme et de blanchiment d’argent. En deux jours,
on peut disposer d’une large audience et c’est
une bonne manière d’éclaircir les messages.
Car, pour répondre aux standards internationaux, il
faut les comprendre. Or, il n’existe rien de mieux que
la communication directe pour faire passer un message.”
En
Algérie, nous opérons une “révolution”
en passant de l’économie administrée à
une économie libérale, soulignait Mohammed
Kouchi, directeur général de la Société
interbancaire de formation en Algérie. Nous essayons
donc de mettre en place une culture de banquier et depuis
2002 nous nous sommes transformés en société
civile à but non lucratif ouvert à toutes les
banques installées en Algérie. Les problèmes
qui ont été énoncés durant ce
colloque sont d’une telle ampleur qu’il faut monter
des opérations pour permettre à des organismes
de formation locaux de prendre le relais, il faut pouvoir
dupliquer ces formations. Il faut également penser
à faire connaître ce qui se fait dans les pays
du Sud, en prévoyant des visites de cadres de banques
qui informent les pays du nord.”
“En Algérie, il est vrai, le chantier est
important et c’est l’ensemble du système
qui doit être mis en résonance", répondait
Christian Angeli.
Plus largement, des propositions ont été faites
pour la constitution d’un réseau de centres de
formation. “Nous avons une expérience de
ce type pour le personnel de la fonction publique, dans le
cadre de la coopération euroméditerranéenne,
a expliqué Abbas El Halabi, membre du conseil d’administration
de la Bank of Beirut (BBAC). Le même dispositif
pour les banques pourrait être financé par la
communauté européenne.”
Le
club thématique
“Nous voyons tout l’intérêt d’un
club thématique, du tandem des instituts de formation
nord/sud et du renforcement des capacités des institutions
du Sud pour prendre de plus en plus les initiatives,
a expliqué Chantal Dejou, régional coordinator
for Mena, World Bank Institute. Le bureau de la Banque
mondiale à Marseille, dédié à
la région Mena, sera bientôt équipé
du même système de visioconférence et
d’éducation à distance que ceux de la
centaine de centres dans le monde. Il sera opérationnel
en septembre et vous sera ouvert, par exemple pour animer
le club thématique.”
Un premier club thématique pourrait voir le jour rapidement,
celui des juristes de banque et responsables du contentieux
puisque Jean Varnet, de l’Association nationale des
juristes a proposé les services de son association
: “Nous sommes très actifs sur la région
et pouvons mettre à disposition nos experts et nos
compétences notamment dans les domaines du juridique
et du contentieux recouvrement.”
Le
programme régional de formation
La dernière, mais certainement pas la moins importante,
des propositions portait sur la création d’un
groupe de travail, qui pourrait être constitué
avec les institutions internationales afin de mettre en place
un programme méditerranéen de formation sur
le risque “entreprise” dans la banque. “Nous
avons défini six axes de réflexion, explique
Joseph Pérez : l’approche de l’entreprise
; l’établissement d’un dossier de crédit
; les procédures d’engagement ; la culture Bâle
II ; les procédures de recouvrement ; l’ensemble
des procédures statistiques obligatoires avec Bâle
II.”
Henry
Marty-Gauquié, directeur de la représentation
de la Banque européenne d’investissement à
Paris, faisant le point sur la place des banques dans la mise
à niveau des économies de la rive Sud et la
formation de leurs personnels, a rappelé que “le
sujet de la formation bancaire est au cœur des préoccupations
du chantier ouvert par le processus de Barcelone, qui vise
notamment à revitaliser le volet financier et donc
accroître la compétitivité des pays méditerranéens.
La volonté politique durable de la part de l’union
européenne d’épauler la modernisation
de ces pays, dont le secteur bancaire, est affirmée
; l’intelligence est là, les méthodes
sont connues et les moyens financiers sont loin d’être
négligeables. Il manque le moyen de catalyser ces quatre
facteurs. De ce point de vue, ce colloque, organisé
par Finances Méditerranée, est essentiel.”
En
conclusion des travaux, Joseph Pérez a souligné
“le sérieux et la forte densité de
la journée et l’efficacité des banquiers
“économes de leurs temps et de leurs propos”
qui sont allés directement à l’essentiel.
Outre un bel approfondissement du thème et la prise
en compte des différentes sensibilités, la journée
a débouché sur une série de propositions
: il faut dès aujourd’hui mettre en œuvre
celles qui peuvent l’être.”